Mon enfant est hyperactif, dois-je en parler aux professeurs ?

 L'enfant hyperactif et l'écoleL’hyperactivité désigne ici à la fois :
– le TDAH officiellement diagnostiqué (Trouble de Déficit de l’Attention avec Hyperactivité) 
– une agitation n’ayant pas le «label» officiel TDAH mais entravant l’intégration de l’enfant au sein de la classe. 

 

Mon fils a été hyperactif de la maternelle au collège (merci l’adolescence!). 

À chaque rentrée scolaire, je me suis posée cette question. De la maternelle à la 5e mon fils était du genre à se balancer continuellement sur sa chaise, à réciter un texte la tête à l’envers sur le canapé et à confondre « on y va »  avec « on fait la course ». Étant enseignante, on pourrait penser que je n’hésitais pas à rencontrer mes ‘confrères’. C’est sans compter sur le cauchemar du parent-enseignant : passer pour le parent ‘mère poule’ ! Longtemps, j’ai parié sur la compétence des professeurs à détecter l’enfant nerveux ayant besoin d’être rassuré. Après tout, les symptômes de l’hyperactivité sont assez visibles ! 

Résultat de mon pari : en sept années d’école primaire, j’ai gagné seulement trois fois (haa la grande loterie de l’Éducation nationale!). Les quatre autres enseignantes (il n’a eu que des femmes) l’ont catalogué ‘pénible’. Ce qui le rendait encore plus nerveux et agité en classe. 

Quitte à passer pour pénible, autant que ce soit moi plutôt que mon fils. Et j’ai bien fait. Car ce qui semble évident aux yeux des parents ne l’est pas forcément aux yeux des enseignants (l’inverse existe aussi…). L’hyperactivité d’un enfant scinde son entourage en deux groupes : ceux qui ne voient que sa souffrance (souvent les parents) et ceux qui ne voient que son agitation (les profs, les amis des parents…).

La souffrance de l’enfant hyperactif. 

Être à la fois maman d’un enfant ‘agité’ et professeur m’a permis de constater à quel point le malentendu est grand. Je me souviens notamment d’une petite Sonia, élève ‘agitée’ de 6e. En classe, elle passait davantage de temps à ramasser ses crayons, règle et gomme, étrangement attirés par le sol, qu’à écouter le cours. Maman ou non d’un enfant hyperactif, à la quatrième chute de stylo en cinq minutes, je me suis posé la question « Cette élève ne se moquerait-elle pas de moi?! Serait-elle une élève passive-agressive? ». Mais son visage tendu, nerveux, était le visage de celui qui s’en veut et se prépare à essuyer des reproches. Lorsque je me suis approchée d’elle (après un énième blingbadaboum), elle s’est raidie. J’ai capté son regard et fait comme à la maison avec mon fils : longues respirations à deux, tout en douceur, au rythme de mes mains qui montaient et descendaient lentement. Cet exercice improvisé a eu un effet secondaire très bénéfique : toute la classe s’est mise à respirer en suivant mes mains. L’espace d’un instant, je me suis prise pour Messmer hypnotisant un public en transe. Et oui, le résultat était au rendez-vous : non seulement Sonia n’a plus fait tomber un seul objet durant ce cours, mais tous les élèves étaient calmes et concentrés ! Merci Sonia ! Durant les cours suivants, lorsqu’un rare bling se faisait entendre, un simple sourire vers elle la rassurait… et la calmait. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque mes collègues se sont, en fin de trimestre, emportés en salle des profs « Sonia, elle est insupportable ! » Depuis le début de l’année, Sonia se faisait reprendre constamment par les profs, ce qui la stressait et donc la rendait encore plus nerveuse… ce qui donnait l’impression aux profs qu’elle le faisait exprès ! Cette spirale de l’élève hyperactif est malheureusement classique. Loin de moi la volonté de critiquer mes collègues, car Il est plus facile de différencier un élève ‘comédien’ d’un élève hyperactif lorsqu’on a le même zébulon à la maison. Bon, là c’est la prof qui parle. Parce que la maman en a voulu à l’Education nationale de ne pas former les enseignants à l’hyperactivité (ou tout simplement à la psychologie de l’enfant!). Actuellement, une mini formation regroupant tous les troubles de l’apprentissage est prodiguée à quelques jeunes professeurs stagiaires chanceux (pas tous car la formation varie selon les académies!). Comptez donc 20 mn pour l’hyperactivité. Quant aux enseignants déjà en place, ils ont la possibilité de suivre une (micro) formation s’il le veulent, s’ils ont le temps, s’ils y pensent…en gros s’ils sont déjà un peu sensibilisés par le sujet. 

Comment présenter son enfant hyperactif à un enseignant ? 

Donc OUI, il faut rencontrer les enseignants pour qu’ils étiquètent votre enfant ‘ayant un trouble des apprentissages donc à aider’ et non ‘mal élevé’ (la pire des étiquettes aux yeux d’un enseignant). L’enseignant doit comprendre que vous et lui êtes du même côté. Pour cela, vous devez partager votre propre impuissance. Avouez que vous êtes « débordé(e) » par tant d’énergie et de maladresse, que vous avez besoin de l’aide des enseignants pour rassurer et apaiser l’enfant. Car il y a une évidence que l’enseignant n’a pas toujours le temps de déceler en classe : votre enfant souffre. Et c’est cette souffrance qui différencie un enfant simplement énergique d’un enfant hyperactif (même s’il n’est pas officiellement diagnostiqué comme tel). Et ce mal-être est accru lorsque l’hyperactivité est décuplée par une dyslexie non diagnostiquée ou une précocité intellectuelle épousant mal le cadre imposé. 

La double peine subie par l’enfant hyperactif.

L’enfant s’en veut de ne pas savoir gérer son agitation, puis il est puni. Cette double peine le rend souvent agressif. Le but est donc de rencontrer le ou les professeurs avant la phase de rebellion. Si vous sentez l’enseignant démuni mais de bonne volonté, évoquez le lien Internet vers une plaquette à destination des enseignants (je vous parie un Carambar qu’il ne la connaît pas). En page 4, il y trouvera les “Aménagements possibles à mettre en place en classe / démarches et style d’intervention pour apprivoiser le TDAH” : 

Plaquette sur le TDAH

En espérant que cet article vous aura un peu aidé(e) dans la recherche du mieux-être de votre enfant car cette quête est souvent difficile et douloureuse.  

Voici d’autres sujets susceptibles de vous apporter une aide :
Les jeux et autres aides à la concentration (avec un exercice “inventé” pour mes neveux très énergiques, ainsi qu’une méthode pouvant se révéler très utile pour les enfants nerveux).
La dyslexie
La précocité

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Delphine

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